Flânerie

Sans titre - 6

 

“Un excès de vigilance nuit à la flânerie. Lorsque l’on observe trop les rues et les visages, ils deviennent étranges, ils se métamorphosent en autre chose qu’eux-mêmes. Le flâneur perd l’immédiateté de son bonheur, lui qui se trouve dans  un état je crois plus proche d’une somnolence contrôlée que d’une vision critique. Ainsi l’espace pour Georges Perec est un doute et non point cette présence à laquelle nous nous abandonnons sans vouloir en déchiffrer avec trop d’acuité, les traits. « Noter ce que l’on voit. Ce qui se passe de notable- sait-on voir ce qui est notable ? Y a-t-il quelque chose qui nous frappe ? … s’obliger à voir plus platement… jusqu’à ressentir, pendant un très bref instant, l’impression d’être dans une ville étrangère ou, mieux encore, jusqu’à ne plus comprendre ce qui se passe ou ne se passe pas, que le lieu tout entier devienne étranger, que ‘on ne sache même plus que ça s’appelle une ville, une rue, des immeubles, des trottoirs… » Quand une ville cesse d’être une évidence, nous avons rompu avec elle l’arbre vert du contact, nous remettons en question la foi originelle que nous lui portons. Il vaut mieux porter un regard suffisamment averti pour découvrir une nature ignorée des autres hommes, mais aussi suffisamment discret pour ne pas chercher à pénétrer derrière les apparences.”

 

Pierre Sansot , Du bon usage de la lenteur